Alejandro Reinoso, psychanalyste á Santiago du Chili. Membre de AMP, NEL et SLP. AE (2018-2021).

Conversation du 13 janvier 2021 par Sandra Pax-Cisternas.

Sandra Pax-Cisternas :  Alejandro, tout d’abord, je tiens à te remercier pour ta disponibilité à dialoguer avec l’ASREEP-NLS. Nous partageons une amitié de plusieurs années liée à la psychanalyse et au Chili, je me souviens encore de nos premières rencontres, il y a de nombreuses années, dans un pays qui a émergé de l’ombre de la dictature. Aujourd’hui, nous traversons des moments particuliers. Je veux souligner ici deux moments de cette dernière année, le premier « estallido social » au Chili, le second la pandémie et le long confinement. Comment cela a-t-il affecté ta vie quotidienne, ta pratique analytique et la psychanalyse au Chili?

Alejandro Reinoso : Avant tout, je voudrais te remercier de m’accorder ce temps de conversation sur ce qui, en définitive, a été cette dernière année. Au Chili, nous avons une autre pandémie, une pandémie souterraine qui sont les aspects non élaborés , les non-dits, les marques du traumatisme historique qu’ont chaque société, chaque groupe humain. Dans le cas du Chili, c’est en lien avec de grandes inégalités économiques, sociales, politiques qui ont fait irruption en octobre 2019. Lorsque cela a eu lieu, j’étais en Europe, je suis allé faire un témoignage à Rome, et, deux jours plus tard, la crise au Chili a éclaté. D’une manière ou d’une autre, cette situation a eu pour moi une marque qui était à la fois étrangère et personnelle (personal). Le Chili, comme tu le sais bien, est un pays sismique, alors, quand il y a un grand tremblement de terre et qu’on n’était pas là, que tu l’as raté, les gens parlent de choses qu’on connaît, mais qu’on n’a pas vécu.

Après Rome, je suis allé faire trois témoignages en Espagne. Au moment de mes témoignages, la dépouille de Franco a été trasladada (changer la dépouille d’emplacement), et j’ai été témoin des blessures ouvertes dans le peuple espagnol. Concernant le Chili, j’ai maintenu le contact avec la famille et les amis.

Concernant la pratique analytique, à mon retour au Chili, je me suis retrouvé avec des récits des patients qui rendaient compte de blessures familiales, de (divisiones) scissions, conflits, disputes, silences, secrets, de fragments d’histoires personnelles et familiales de l’époque du coup d’état et même parfois d’avant.

Au niveau de l’institution analytique, nous nous sommes rapidement mis au travail dans des cartels pour pouvoir loger ce qui nous avait traversés. Nous avons essayé de nommer, de dire quelque chose. Il y a eu une déclaration initiale de la NEL-Santiago qui rendait compte de la situation. Nous avons reçu des commentaires et des questions des collègues d’ailleurs qui nous demandaient où irait cette situation ? Qu’allions-nous faire avec autant d’incertitudes ? La pandémie nous a surpris à ce moment. Un réveil d’une grande violence et en même temps de récupération du refoulé. Je pense que ce n’est pas pour rien que certaines personnes ont nommé ce moment « le réveil”. Pour quelques-uns, un réveil plus optimiste, pour d’autres moins optimiste. Alors, on peut se demander dans quel sens il s’agit d’un réveil ? Eh bien, nous pouvons dire réveil des consciences de classes, un réveil vers le passé. Le réveil analytique, nous savons que c’est une autre chose, il a d’autres coordonnées. Dans ce contexte, la pandémie nous a plutôt poussés à nous replier, nous enfermer.

En ce moment, nous entamons la deuxième vague de la pandémie et un nouveau confinement. La traversée de ces moments a été différente, au niveau de la pratique, elle est devenue hétérogène, il y a eu des séances analytiques, des séances préliminaire, d’autres sont des rencontres, Quelques analysants ont maintenu le lien soit en passant par la voix, d’autres par des écrits. Il y a eu des demandes par téléphone, quelques anciens patients sont revenus, donc, hétérogène.

Au-delà de la pratique analytique, pendant cette pandémie j’ai participé à plusieurs cartels. La NEL pratique depuis longtemps les cartels virtuels. Je suis en cartel avec des collègues italiens, avec des collègues espagnols. Je peux dire que ceci fait partie des inventions de cette époque. Ces inventions rendent possibles la réactualisation et la réactivation des liens. Ce qui était auparavant un simple contact et sporadique, lorsque j’allais à Europe, est devenu une quotidienneté. Alors, je crois qu’il y a un changement dans la temporalité, dans l’espace, dans ce sens.

En relation à la psychanalyse au Chili, je dirais que l’estallido social (l’épidémie sociale), la révolte sociale a eu comme effet, pour quelques-uns, l’écriture. Il a produit des rapprochements, des rencontres avec d’autres associations analytiques non lacaniennes, non de l’AMP. Par exemple, des personnes en lien avec la « Red Internationale Lacaniana », des collègues de IPA, des collègues de la Fédération latino-américaine de psychanalyse. Nous avons eu deux rencontres, une pendant l’estallido social en présence et une autre pendant la pandémie, en virtuel. Ces rencontres étaient des espaces de conversation avec les différentes courants psychanalytique sur l’actualité, dans un premier temps, sur ce qui s’est passé au Chili, après sur la pandémie.

Sandra Pax Cisternas et Alejandro Reinoso

SPC : comment a été formulée la demande de rencontre?

AR : Lorsque j’étais président de la NEL Santiago, et même avant, à l’époque des groupes associés à l’AMP, il y avait déjà un certain nombre d’échanges avec les collègues de l’ALI (Association Lacanienne Internationale), soit nous les invitions lorsqu’un collègue de l’AMP venait donner une conférence, soit ils nous invitaient lorsqu’un collègue d’ailleurs venait. A un certain moment, un des responsables d’une de ces associations a pris contact avec moi -c’étaient des personnes que je connais depuis longtemps- Ils voulaient que nous nous rencontrions : ¿Oye, por qué no nos juntamos? ¿por qué no hacemos algo? (expression locale). A quoi je consentis très rapidement. Je dois dire qu’il y avait des précédents. Il y a plus d’une année, nous nous sommes réunis pour parler du suicide adolescent. Ceci a été le premier point de capiton, ce fut une première invitation des collègues qui font partie de la fédération latino-américaine de psychanalyse. Après, une deuxième a été organisée par l’ALI, la troisième par nous, c’est dire qu’il y a un point de rapprochement, surtout comme un point de distinction avec les thérapies comportementales, des approches qui s’appuient sur des protocoles, pratiques qui progressent de manière exponentielle en Amérique latine. Il y a là quelque chose qui est en cours, un lien, parfois transférentiel.

Je pense que la pandémie a permis la rencontre, la conversation avec différentes écoles, associations pour parler, d’abord, de ce qu’a été l’estallido social, ensuite la pandémie, puis la pratique dans cette conjoncture.

Je pense que c’est cela ce que je peux dire, il persiste des rencontres actuellement, mais apériodiques, non systématiques, mais il s’agit d’une présence pour pouvoir dialoguer.

SPC : Serais-tu d’accord de dire que s’est ouvert un dialogue, comme un espace nécessaire, comme une réponse au réel du «  estallido social » ? Pour ne pas être seul avec « ça »1. Tu crois qu’il y a un peu de ceci?

AR : Oui, effectivement, je pense que ces sont des espaces, je ne dirais pas de dialogue, mais plutôt des espaces de partage des expériences qui vivifient un type de transfert, transfert analytique qui va du côté du travail, il y a aussi le transfert que j’appelle l’amitié analytique, c’est à dire pouvoir partager quelque chose du réel avec un autre collègue, quelque chose de plus intime, un témoignage qui n’est pas forcément un témoignage de passe.

Cette notion d’amitié analytique c’est quelque chose que je commence à travailler. Il n’agit pas de l’amitié imaginaire, elle n’est pas du côté de l’identification symbolique à quelque chose, sinon une amitié qui inclut le réel. Avoir une conversation avec un Autre et que cet Autre soit en position d’entendre, de loger ce quelque chose. Je crois que c’est cela qui a surgi.

Je crois que c’est un type de lien possible, lequel au moment de l’ « estallido » a été extrêmement important pour permettre – comme tu l’as dit – que la solitude de l’expérience propre en relation au réel puisse avoir un lien (médiation) avec un autre, au-delà du dispositif analytique, qui est l’espace par excellence où la solitude du lien que nous avons avec les uns-tout-seuls puisse être logé, coupé. Je pense que ces espaces avec les autres ont permis ce type de liens, qui perdurent jusqu’à aujourd’hui.

SPC : J’aime bien cette idée d’amitié analytique qui lie l’amitié, le lien, la conversation, et la possibilité de loger quelque chose d’intime, qui est en lien avec le réel pour tout un chacun. Peut-être peut-on comprendre dans ce sens toutes les réunions qui sont surgi au moment de la pandémie? C’est-à-dire, pas seulement dans le sens d’être ensemble, mais aussi de partager quelque chose. Tu as dit qu’il ne s’agit pas d’un dialogue, mais d’une conversation.

AR : Oui, oui je crois que c’est dans ce sens plutôt dans le sens de la conversation qui permet qu’un reste, un bout ait cette dimension propre des parlêtres, d’un témoignage, différent du témoignage de passe, mais qui peut avoir les dimensions d’un témoignage, car ça concerne quelque chose du réel. Je crois que les témoignages, et le traitement de ces traits marquent notre histoire. Cela nous a laissé de manière personnelle, collective des éléments qui peuvent être logés dans un autre, avec un autre dans une conversation, dans une relation de soutien, des amitiés, c’est quelque chose de précieux, un trésor de la vie sociale qu’il me semble important de pouvoir signaler.

SPC : Si on revient à la question des témoignages, toi, Alejandro, tu es actuellement AE en exercice, AE à qui Lacan octroie une fonction spécifique : interpréter l’école, la faire travailler. Cette fonction a été soutenue par des actes que chaque école a mis en place et ceux-ci se passaient toujours en présence. Dans l’actualité, les rencontres sont impossibles. Comment cette impossibilité a affecté ta fonction, les témoignages, le lien à l’école dans cet exercice d’interpréter l’école?

AR :  En relation à l’ « estallido » je l’ai inclus dans les témoignages, j’en ai fait deux : un au Brésil à Belo Horizonte. Mais avec la pandémie… ça a été un météorite! Tout d’abord, j’ai gardé un grand silence, ensuite j’ai écrit dans la red de Lacan de la SLP sur mon expérience avec la pandémie, sur l’intransmissible. C’est ce qui est curieux (paradoxal) qu’un AE parle d’intransmissible de l’expérience. Après, j’ai participé à différentes activités par zoom de la NEL et de la Scuola, je n’ai pas fait de témoignage, mais dans les différents espaces où je suis intervenu, il y a eu ce caractère d’interprétation.

Les journées de la NEL ont été annulées, le titre était « l’insupportable de l’enfance » pour lesquelles tu as écrit un texte. Alors ils m’ont demandé d’intervenir, d’écrire, et j’ai écrit un texte qui s’appelle « l’insupportable dans l’école », et qui a eu une dimension d’interprétation par les effets qu’il a produits. À la Scuola , les journées ont aussi été annulées, mais les collègues ont organisé cinq rencontres, de ces cinq rencontres on en a déjà fait quatre. J’étais invité à participer à une journée sur l’interprétation avec Paula Francesconi et Alfredo Zenonni. Là, j’ai parlé d’interpréter l’école. Alors je peux dire que j’étais en fonction, mais pas à travers des témoignages, parce que je n’ai pas fait de témoignage par Zoom, cela n’a pas été mon choix.

SPC : Mais tu as choisi l’écriture.

AR : Oui, l’écriture dans son contexte de transmission télématique, c’est-à-dire un texte écrit mais qui était dit, énoncé à travers la vidéo conférence, qui est avec l’image, avec la voix, mais sans la présence du corps, le corps parlant, ou comme on dit au Chili «  de tomo y lomo » . Alors je peux dire que la fonction d’interpréter l’école, la fonction d’AE a été présente mais dans une période de « sécheresse de témoignages », si je peux le dire ainsi, c’est -à-dire sans les témoignages. Je pense que ce moment de sécheresse de témoignages va se prolonger, je ne sais pas pour combien de temps encore.

SPC : Est-ce que cette sécheresse de témoignages est un choix ?

AR : Tout au début c’était un moment de perplexité, évidemment pas psychotique. Dans un deuxième moment, lorsqu’Anna Aromí nous a adressé un message en nous informant que l’AMP ouvrait la possibilité de faire des témoignages par vidéo conférence, comme un choix de chacun, à ce moment-là, j’ai décidé d’entrer dans un temps pour comprendre, et je continue dans ce moment. Je crois que je vais faire quelque chose, je ne sais pas si ce sera un témoignage comme tel, mais je verrai, tout ceci est en cours d’élaboration. Il me reste moins d’une année d’exercice d’AE. Je continue à occuper les fonctions, je pense qu’il faut séparer l’exercice de la fonction d’AE des témoignages.

SPC : Ce que tu viens de dire me semble très important, sur les témoignages de l’expérience de l’AE en exercice, de ce qui est le plus intime, et l’interprétation de l’école. Ton choix est de faire usage de l’interprétation à travers l’écriture et l’énonciation. Au Chili, où le confinement a été long et très dur, est-ce que ce choix t’a permis de maintenir les liens à l’intérieur de la NEL -SANTIAGO et l’Ecole et ailleurs, l’amitié analytique?

AR : Oui, ça a été important au niveau de la transmission. Je séparerais l’amitié analytique des activités de l’école, des rencontres, des journées, des séminaires, des cartels. Je pense que pendant ces périodes de pandémie, les cartels ont eu et ils ont une fonction fondamentale dans le travail de l’école, le lien et les transmissions.

Pour ce qui concerne ma fonction d’AE, je pense que l’écriture, la participation à certaines rencontres m’ont permis de penser la fonction d’AE au-delà des témoignages, les témoignages dans le sens d’une activité annoncée comme telle, c’est-à-dire la préparation d’un témoignage dans un contexte, dans une rencontre qui a été énoncée et annoncée comme telle dans une Ecole. Je pense notamment à une activité que les collègues argentins de l’EOL ont appelée « un ping pong », c’était en relation au thème des journées sur le trauma. Nous étions avec Graciela Brodsky et trois collègues, ils nous ont posé des questions concernant le trauma, chacun d’entre nous a répondu en relation à son propre témoignage, sans faire un témoignage. Nous n’avons pas fait une transmission épistémologique, mais chacun d’entre nous a ramassé des petits morceaux, des débris de son expérience. Ainsi cette rencontre a permis de faire passer quelque chose, sans que ce soit un témoignage. Une particularité de cet échange est qu’il n’y a pas eu d’enregistrement. Je veux dire avec cela que quelque chose est possible, cela fait partie des inventions, des choses que nous avons découvertes au fur et à mesure que la pandémie et les mesures prises par les différents gouvernements se sont prolongées.

La SLP était en train de lancer son prochain congrès sur le thème du réel du sexe. La présidente de la SLP a convoqué les quatre AE en exercice pour que nous écrivions quelque chose en relation au thème du congrès, pour donner le point de départ. Je pense aussi qu’occuper la fonction d’AE dépend de comment chaque école fait usage de ses AE, de leurs fonctions. Alors j’ai écrit quelque chose en relation à ce que Lacan appelle dans « Allocution sur les psychoses de l’enfant » l’être-pour-le-sexe2. Ça n’a pas été un témoignage, mais j’avais en considération l’idée de faire passer quelque chose.

SPC : Faire passer quelque chose, est en lien avec la fin de l’analyse et la passe, c’est à dire savoir quelque chose du réel et avoir une distance pour pouvoir élaborer et transmettre quelque chose. Alejandro nous arrivons à la fin, quels sont, à ton avis, les défis pour la psychanalyse en général et localement?

AR :  En Italie, selon mon opinion et après avoir vécu un certain temps là-bas et fait partie de l’école italienne, je peux dire que ce qui se vit actuellement est une ouverture des portes vers l’Europe, dans le sens d’une participation active à la vie de l’AMP, à la Fédération Européenne, par exemple à PIPOL. Les rencontres ZOOM qui réunissent des collègues sous différentes latitudes, je pense que c’est un défi pour la psychanalyse. Actuellement, il y a des manières de voyager qui n’impliquent pas de devoir prendre un avion, nous pouvons voyager par des moyens virtuels. Il y a aussi les liens entre les différentes villes italiennes, je pense que ceci est aussi un défi pour la Scuola. Ce que je dis est que ceci n’est pas seulement un défi qui concerne la pratique de la psychanalyse, mais aussi la formation et, pour la psychanalyse elle-même, et pour tout ce que nous connaissons comment « affectio societatis ».

Pour la NEL qui est en train de changer ses statuts, il y a un grand défi de formalisation suite à une interprétation de Angélina Harari qui a pointé que ceci devait se faire maintenant.

Alors, nous pouvons nous demander pourquoi cette formalisation est importante pour la psychanalyse? Elle est importante parce que c’est une manière d’habiter l’Autre social.

Je pense qu’il y a un défi important pour les deux Ecoles, NEL et SLP. Je ne sais pas comment ça se passe en Europe, mais ici principalement dans la FAPOL, il y a l’intérêt de parler la langue de l’Autre, parler la langue des personnes qui travaillent dans les champs social, judiciaire, psychologique, de sortir des tranchée de la langue propre. C’est cela que je peux dire dans ce moment.

Dans la NEL, pour la première fois, on aura un conseil politique, c’est -à-dire qu’à part le conseil directeur, il y aura un conseil (asesor) consultatif.

Dans la pratique de la psychanalyse, je pense qu’il y a un champ nouveau. Je pense qu’un défi important est ce que nous vivons dans ce moment, c’est-à-dire comment faire avec le corps, avec la technologie, avec l’incertitude de cette époque. Comment pouvoir opérer avec ce réel qui est en cours sans perdre les principes de la psychanalyse ? Peut-être que la grande question dans ce contexte est : « Qu’est-ce que c’est que la psychanalyse dans ce contexte? » C’est une question que je me pose avec chacun de mes patients. Attention, il ne s’agit pas de diaboliser la pratique actuelle, mais je m’interroge, je maintiens l’interrogation ouverte : est-ce que ce que je suis en train de faire, c’est de la psychanalyse?

Concernant ma pratique, j’ai reçu des patients qui ont été victimes de violations de droits de l’homme dans la conjoncture actuelle de l’ « estallido social » de l’année passée, cela est aussi un défi. J’avais vécu ça d’une manière indirecte, avec des personnes qui avaient été victimes de violations des droits de l’homme dans le passé, pendant la dictature, comme un moment de l’histoire. Mais maintenant, ils sont là, c’est là. C’est un moment qui est en lien avec la particularité chilienne, mais qui ne laisse pas pour autant d’interroger les analystes. Qu’est-ce que nous faisons? Quelle écoute? Quelle position prendre face à ceci? Dans mon cas personnel, je me suis inscrit dans une consultation juridique de l’université du Chili créée pour recevoir les personnes qui ont été victimes de violences politiques. J’ai reçu, je reçois des patients qui m’ont été adressés par le biais de cette consultation et de ce fait ils rentrent dans un réseau.

SPC : C’est-à-dire que tu as fait une inscription dans ce réseau?

AR : Oui, c’est une inscription dans le réseau, c’est une inscription personnelle, il m’ont posé la question et j’ai dit oui.

SPC : Tu serais d’accord de dire que c’est une manière de traiter un réel, le réel du traumatisme d’un moment historique du passé, qui était très violent, et que l’ « estallido social » a ramené avec lui la même violence dans l’actualité ? Comme s’il n’y avait pas eu histoire?

AR : Oui, oui je suis d’accord avec toi. Je pense qu’il y a des défis qui nous imposent des moments comme ceci. Le défi est de ne pas recevoir les patients comme s’il s’agissait d’un type de patients lorsque ce genre de choses arrive.

SPC : Alejandro, je n’ai qu’à te remercier pour ce temps et pour ce très bel échange. Je pense que nous pouvons conclure ici, nous laissons une question ouverte, qui peut être une orientation pour ce moment de pandémie, ou ce moment particulier au Chili, et aussi pour l’avenir, merci.

 

 

Notes :

  1. Ça. une manière de nommer le réel qui a réveillé ce qui s’est passé au Chili en octobre 2019.
  2. Jacques Lacan, Autres écrits, page 365.