Conclusion de James Fisher au café clinique du 29 août 2026
Si le diagnostic relève du discours du maître, Carole Dewanbranchies-LaSagna propose que le discours analytique puisse « s’adosser du discours du maître pour le subvertir 1». Avec les interventions qu’on avait entendues, je me disais qu’on retrouve trois types de paradoxes ou trois types de tensions qu’on peut thématiser autour de la question du diagnostic.
Premièrement, on pourrait opposer le diagnostic de type médical versus le diagnostic psychanalytique. Le diagnostic médical, cherche à objectiver quelque chose, alors que le discours psychanalytique fait des diagnostics qui cherchent à subjectiver à quelque chose. On a donc d’un côté le registre mono-symptôme, et de l’autre côté, on a l’idée que l’analyste est inclus dans le concept de l’inconscient : dès lors, le diagnostic est surtout ce qui va nous permettre de nous situer par rapport à la difficulté ou à l’impasse dans laquelle se trouve un sujet.
En deuxième lieu, il y a aussi une opposition à faire à l’intérieur du dispositif analytique même. Nous avons, certes, des catégories de diagnostics psychanalytiques – la psychose, la névrose – qui tendent vers une généralité. Ce qui nous intéresse, pourtant, est la notion du cas comme étant ce qui tombe, comme le rappelle François Regnault. Le cas, c’est ce qui fait exception à la loi universelle. Et c’est là où nous allons chercher les mots les plus propres à telle ou telle analysand pour voir ce qui lui est le plus particulier. C’est beaucoup plus ça qui va nous orienter que des catégories diagnostiques qu’on applique comme des grilles de lecture.
Troisièmement, il y a une opposition entre les diagnostics tout faits, les diagnostics médicaux, et ce que les personnes en font. Parce ce que nous avons entendu en entendant différents cas, c’est que le diagnostic vient toujours de quelque part. Parfois, c’est simplement une suggestion, une nomination de l’entourage familial ou social, un burn-out au travail, la femme qui croit que son mari a du TDAH etc. Et puis il y a l’usage que les personnes vont faire avec ça ; personne ne va s’approprier d’un diagnostic de la même manière. Certains vont chercher ce diagnostic comme tenant lieu à une inscription chez l’Autre qui est manquante. Donc là où il n’y a pas d’inscription chez l’Autre, on cherche un diagnostic pour dire ce qu’on est. Parfois, il est question de se servir du diagnostic dans sa valeur de semblant, et notamment pour l’Autre sociale. Il nous faut un savoir-faire avec le discours institutionnel pour justifier la place qu’on crée pour les sujets. Il est dès lors question de savoir comment se servir de ce discours médical pour donner une place à quelqu’un, comment l’accueillir. Dans certains cas, la question du diagnostic peut même ouvrir vers un autre type de discours, celui qui interroge les symptômes dans leur valeur de jouissance.
De même que Lacan invite à penser l’analyse comme une tournure de « judo avec la vérité2 », Éric Laurent propose que le clinicien fasse du « judo avec le diagnostic.3 » C’est un vrai défi pour ceux qui ont à faire avec la subjectivité de notre époque !
Café Clinique août 2026 « Les diagnostics à l’épreuve du dire »
Notes :
- Dewanbranchies-La Sagna, Carole, « Avant-Propos », dans Diagnostics sur mesure, Études cliniques lacaniennes, sous la direction de Jacques-Alain Miller, Presses Psychanalytiques de Paris, 2025, p. 9. ↑
- Lacan, Jacques, « La position de l’inconscient », dans Écrits, éd. Jacques-Alain Miller, Paris, Seuil, p. 837. ↑
- Laurent, Éric, « Commentaire des interventions de Daniel Roy et Angèle Terrier », Quarto 140, p. 65. ↑