C’est quoi ce virus, Théo ?

C’est une petite maladie qui se balade et qui fait fuir les enfants.

Paroles d’un petit garçon de 3 ans et demi qui demande pourquoi il y a plus d’enfants à l’école ?  dans les quelques jours qui ont suivi la décision politique du confinement.

Théo ne dit pas que c’est un virus qui rend malade les grands, qui fait peur aux parents ou aux enseignants. L’enfant loge l’effet du virus du côté de son expérience subjective, depuis que ce virus est là, il y a de l’absence. Il y a de la fuite, interprète-il plus tard.

Il ne parle pas de la toux, de la fièvre, des douleurs, de la fatigue, de la perte d’odorat. Il dit ce qu’il voit. Il n’y a plus d’enfants dans les écoles, alors qu’il y a toujours les mêmes personnes à la maison. C’est quand même un grand mystère, cela !

Et c’est de ce mystère, pour lui, comme pour nous inédit, que doivent se construire ses théories infantiles de ce qui fait que les gens se retrouvent dans un endroit, l’investissent, ou le fuient. Et comme pour d’autres Réels, l’enfant doit bien se forger son explication sur l’indicible et l’impossible.

Les parents essayent de saisir les paroles de l’enfant et à l’instar de Roberto Benigni dans « La vie est belle », vont lui proposer des hypothèses civilisées. La fuite devient un confinement, une hibernation. Les gens font le dos rond, ralentissent, ne se font plus de bisous, parce qu’il y a une petite maladie qui se balade. Alors, on ne peut plus faire autant de bisous ou de bagarres qu’avant, mais maintenant on entend et on peut même écouter les oiseaux.

C’est aussi un virus qui fait qu’on communique par Zoom, qu’il y a des lumières, des applaudissements et même du tambour et le sifflet à 21h tous les soirs.

Nous partageons nous aussi ce sentiment de fuite, d’absence : les appels à l’aide ont nettement diminué dans les premières semaines du confinement. Les psys attendent eux aussi la vague, le moment où les cris, les appels, les pleurs et la douleur vont devoir trouver adresse pour faire le récit de ce qui est impossible. Le moment aussi où le plaisir, la tranquillité, et l’occasion d’une mise à distance sociale va devoir être assumé quand il risque d’y avoir contraste.

Il y aura donc du singulier et une petite place que se doivent de réserver les analystes pour accueillir les petites vérités de chacun sur ses propres théories, sur ce qu’il a vu, compris et sur ce qu’il souhaite conclure de ce que fut pour lui cette  petite  maladie qui se balade et qui fait fuir les enfants.

* Image : En hommage à Gilbert Garcin.