Sexe. Un mot avec beaucoup de s, une lettre dont la prononciation a marqué ma langue et ma voix du côté du défaut. Shessho… un excès de salive en salit et engloutit le son, en rendant la prononciation un peu honteuse. Comme le sifflement du serpent qui vient rompre l’harmonie entre Adam et Eve, « shhhh ! shhh ! » ou le Wiwimacher du petit Hans qui articule aussi sa lalangue avec les sons “shhhhhh……..shhhhhhh”, comme le rugissement de l’eau qui sort du robinet en contact avec un corps qui l’entoure, dans son son de shhhh. Organe promesse de plaisir dans sa tumescence, façonné dans les phallophories avec l’espoir de l’abondance, accompagné d’un halo de mystère dans l’iconographie de l’art et dans les subtiles invocations de la littérature féminine érotique, finalement réduit au gadget sur le marché du porno, le sexe reste cependant pour la psychanalyse un trou. Un trou qui rend la relation sexuelle inexistante, qui se creuse à la place du même, annulant la formule mathématique de l’équation.

Organisateur de scénarios fantasmatiques pour mettre en mouvement la caméra du fantasme, l’huilant d’une libido qui peut drainer les désirs et saisir des bords de satisfaction, le sexe reste néanmoins au centre du discours comme un trou, sur lequel échoue la pulsion, dans son cercle infernal, comme en spirale, de jouissance. Comme Freud l’avait déjà précisé dans ses Trois Essais sur la théorie sexuelle, ce trou concernant le sexuel est ce qui concerne chez le petit enfant son envie de savoir, mais c’est aussi ce qui détermine ce qu’il définit comme « l’échec des recherches sexuelles infantiles (…) qui entraîne souvent une dégradation durable de la pulsion de savoir.»1

Face à ce trou, le parlêtre a pour première ressource la fabrication d’un symptôme, comme une tentative plus ou moins maladroite pour pouvoir faire avec cette mauvaise rencontre. L’analyse nous enseigne que, de ce symptôme qui nous accompagne, il faut en quelque sorte, dans un second temps, revenir à cet élan pour la recherche, et à son échec. De la mise en place du sujet supposé savoir comme artifice nécessaire pour accomplir les tours nécessaires au parcours analytique, la logique du processus lui-même avec la constatation du symptôme et de sa répétition inexorable rapproche chacun de nous de ce trou de structure, et du bouchon de jouissance qui l’obture.

Sur ce point d’échec, où l’on se retrouve plutôt chaque Un tout seul avec sa jouissance qui ne fait pas rapport, le réel du sexe peut se faire présent, d’une manière nouvelle, avec la perte appropriée qui l’accueille et l’inclut.

Shessho : un bout de réel qui mélange des sons, pour inclure dans la prononciation ce qui ne va pas.

Traduction par Violaine Clément.

Pour la version italienne : XVIII Convegno SLP – Il Reale del Sesso

 

 

Notes :

  1. S. Freud, Trois Essais sur la théorie sexuelle, PUF, Paris 1987, p. 126-7.