Anne Béraud

Membre de la NLS et de l’AMP, AE en exercice depuis juillet 2018, co-fondatrice du Pont freudien à Montréal et actuelle présidente de NLS-Québec (Vice-présidente à partir du 12 juillet 2020).

Interview réalisée le 3 juillet 2020, par Alexandra Clerc.

Alexandra Clerc : On pourrait commencer par les paroles prononcées par Bernard Seynhaeve en annulant le Congrès de la NLS prévu à Gand cette année : « Dignité et silence ». Comment as-tu accueilli ces paroles ?

Anne Béraud :  J’ai trouvé cet énoncé étonnant et plutôt énigmatique. Cela signifiait-il que des gens de notre champ étaient morts ? C’est la première idée qui m’est venue, mais alors le silence régnait. Qu’est-ce que cela signifiait ? Cette paire « dignité et silence », pour moi, renvoyait en premier lieu à la mort, en tout cas à la pulsion de mort. Sans être accompagnés d’explications ou de paroles, ces deux signifiants maîtres sonnaient de façon un peu étrange, d’autant que ma position fut plutôt de rester du côté du vivant. Quand la pandémie a démarré, que j’ai vu que le confinement arrivait, le jour où, au Québec, la décision du confinement est survenue, le jour où tout s’est arrêté, le vendredi 13 mars, le week-end qui a suivi, j’ai communiqué avec tous mes patients.

Ce qui l’a emporté, c’est que j’ai saisi que ce temps ne serait pas de courte durée comme une semaine ou deux. On avait vu l’Italie déjà, j’ai tout de suite compris qu’on était parti pour quelques mois. J’ai donc plutôt saisi le temps de l’urgence ; évidemment, c’est un trait en lien avec mon sinthome. Ça m’a percutée du côté de mon sinthome, dont j’ai pu me servir. Le lundi 16 mars, j’avais les deux tiers de mes patients qui voulaient poursuivre par téléphone ou par vidéo. Donc, je n’ai pas eu de véritable interruption, j’ai travaillé énormément pendant toute la pandémie. Les deux premières semaines, j’ai trouvé ça épuisant parce que travailler au téléphone, c’est fatigant. Ensuite, j’ai pris le rythme. Et parmi le dernier tiers de mes patients, il y en a la moitié qui sont revenus au bout d’un mois.

J’ai appris beaucoup de choses, parce qu’évidemment, ça modifie complètement le travail, enfin complètement, ça dépend. Mais ça a eu un effet immédiat, celui de travailler sur ce qui était en train de se passer. J’ai saisi au bond une demande d’un collègue du Kring, parce que j’étais très heureuse de cette demande, donc on a démarré un cartel à six qu’on a appelé « le Cartel Quarantaine », pour réfléchir sur ce qu’on était en train de vivre sur le plan de la clinique avec nos patients, et sur le plan de la psychanalyse. Sur ce qui nous arrivait, ce qu’il arrivait aux patients, aux séances, au transfert, à toutes les modalités liées à la clinique dans ce contexte.

Pratiquer avec le téléphone ou la vidéo donne l’occasion de saisir l’épaisseur de ce qui manque dans l’expérience virtuelle. Dépassant la fausse dichotomie – à savoir s’il s’agit d’analyse ou pas avec le virtuel –, le travail analytique se poursuit bien avec de nombreux analysants, et la part pulsionnelle n’est pas absente. Mais cette extimité par rapport à l’usage habituel de la séance permet de serrer ce qui, dans la présence des corps, apparaît comme un point central.

Ma boussole a vraiment été le cas par cas et l’invention, à partir de ce que j’appelle – et ce n’est pas généralisable – une éthique du désir de l’analyste qui permette à l’analyse de se poursuivre. C’était impossible d’en juger à l’avance et pour l’ensemble des analysants d’ailleurs. C’était d’emblée le un par un qui prévalait et l’incertitude de ce que ça allait produire.

AC : Est-ce que les gens qui ont renoncé, dans un premier temps, à poursuivre par téléphone, Skype ou visioconférence, sont des gens que tu vois depuis longtemps ?

AB : Il y a des gens en analyse depuis longtemps qui ne voulaient pas interrompre et d’autres en analyse depuis très longtemps qui, au contraire, ont voulu interrompre – des analysants pour qui l’analyse était impossible autrement qu’en venant. Et parmi ceux-là, il y en a qui sont ensuite revenus. C’est là que c’est intéressant, car on ne peut pas généraliser. Et puis, il y a aussi des gens qui venaient de démarrer et qui n’ont pas voulu continuer comme ça et des gens qui venaient de démarrer et qui ne voulaient surtout pas interrompre. Aucune règle ne s’est dégagée sur ce plan.

AC : Est-ce qu’il y a des patients pour qui ces séances par téléphone ou visioconférence a plus ou mieux convenu que les séances in corpore ? Est-ce que certains se sont abrités derrière l’écran ?

AB : Franchement, non. Pour moi non, pour aucun analysant, ce processus n’a mieux fonctionné que l’analyse en présence. Par contre, pour certains analysants, j’ai pu m’en servir. Jj’ai une analysante qui vient depuis deux ans et demi, qui est très engagée dans son travail et qui l’a poursuivi avec le même tempo. C’était une analysante allongée, et qui a choisi la vidéo, donc on s’est retrouvées en face à face via un écran, sauf que je me mettais à contre-jour, avec la fenêtre derrière moi, je la voyais donc clairement, mais elle pas. Pour elle, qui se trouve dans une première phase de son analyse, elle a poursuivi son travail de l’association libre, reprenant à la séance suivante là où la coupure l’avait amenée, c’était impressionnant.

J’ai un autre patient – là je détaille un peu – pour qui ça s’est entièrement passé au téléphone. Il était dans une urgence subjective car le début du confinement a correspondu avec la rupture d’avec sa conjointe. Il a fait un travail formidable au téléphone. Alors qu’il avait ses enfants une semaine sur deux, quand ils étaient là, il ne pouvait pas rester chez lui pour les séances, et alors que c’était encore l’hiver ici, il sortait même sous la neige, dans le vent, pour avoir ses séances. Il a poursuivi son travail de façon remarquable. Pour d’autres, c’était du rafistolage.

Une jeune analysante, en analyse depuis deux ans, allongée, très engagée elle aussi dans son travail, a eu cette réflexion que j’ai trouvée très juste la concernant : « C’est marrant, j’ai l’impression que j’étais en analyse et que je suis passée en psychothérapie ». Pour elle, c’était bien vu. Maintenant, elle est revenue en présence et l’analyse est repartie. Elle avait bien noté, et je l’avais remarqué aussi, que pour elle, la perte de la présence réelle était une vraie perte qui amenait un changement de régime.

Je voudrais parler d’un petit truc qui est intéressant. Encore un cas clinique, où il s’agit de voir ce que ça a pu apporter. Une analysante plus avancée dans l’analyse, qui a un rapport prépondérant à l’objet oral, et qui, dans le cabinet, ne pouvait pas s’empêcher de demander encore et encore, après la coupure introduite par l’analyste. C’est-à-dire qu’elle se lève du divan, mais ensuite, elle met son manteau et ferme les boutons un à un, le plus lentement possible en continuant à parler, refusant l’arrêt d’une séance et la recouvrant systématiquement. Du coup, là, la modalité de la coupure est complètement différente : on appuie sur le bouton, c’est coupé (rire). Et donc, ça a eu des effets pour elle, c’est-à-dire qu’après cette coupure nette produite par l’interruption de la vidéo, elle a voulu passer au téléphone, mais ça a été pareil, ça lui a fait apercevoir sa modalité de demande insatiable.

AC : Est-ce qu’elle a pu le dire ou est-ce quelque chose que tu déduis de ce qu’elle a dit après ?

AB : Elle ne l’a pas formulé comme ça, c’est moi qui l’énonce de cette manière. Mais elle a dit des choses à ce sujet, oui. Donc, avec elle, je me suis servie de cet outil, c’est-à-dire que j’ai pu écourter là où elle recouvrait la coupure. C’est d’abord revenu sous forme de reproches, puis ça lui a permis d’apercevoir ça. Je me suis servie de cet outil pour permettre la soustraction de cet objet oral, mais cette opération n’a pu avoir lieu que sur le fond de ce qui s’était déjà passé dans le bureau de l’analyste. Donc, c’est un rappel de la présence, mais qui peut toucher la jouissance pulsionnelle. L’utilisation de la vidéo n’a pas été sans effets sur le corps, c’est-à-dire que le corps n’est pas présent, in vivo, mais la coupure interprète le réel qui était en jeu lors des séances in vivo. Du coup, ça n’a pas été sans effets au moment où je produisais ça.

AC : Et ça t’a permis de jouer un peu autrement avec ça et d’utiliser cet outil qu’est le téléphone comme un outil?

AB : Oui. Ça m’a permis de jouer avec cet usage de la coupure dans cette analyse-là.

AC : Donc, pour toi, poursuivre avec tes patients, ça n’a pas été une question. Tu dis « Ça fait partie d’une éthique du désir du psychanalyste »…

AB : Je le dis pour moi uniquement. L’éthique, donc l’acte et le désir de l’analyste, se situe pour moi aux antipodes d’une position qui consiste à se conformer aux normes ou à ériger sa position en norme. C’est une conséquence de l’absence de garantie de l’Autre. Donc non généralisable.

AC : Certains analystes ont interprété le message de Bernard Seynhaeve « Dignité et silence » auquel je reviens, comme un arrêt, comme un stop. On n’intervient plus. Il y a des analystes pour qui ça a eu cet effet-là. Toi, tu dis, que tu y as perçu une pulsion de mort.

AB : Ces mots très forts étaient déposés comme ça, et bien que le contexte soit évidemment celui de la pandémie, pourquoi « dignité et silence » ? Parler, n’est-ce pas digne ? Faire silence sur quoi ? Je n’en ai pas fait un impératif. Mais on voit que ces signifiants venant du Président de notre École ont été interprétés par chacun à sa façon.

AC : Cela a eu un effet d’arrêt, tant du côté de certains patients que du côté de certains analystes. Certains analystes ont interrompu leur pratique en disant rester à disposition, en précisant que les patients pouvaient les appeler, ce que ces derniers ont fait après quelques semaines. Pour toi, est-ce que ça a été un handicap de travailler comme ça ? Tu l’as dit au début, c’est fatigant, on doit être accroché à l’image, au son. Que pourrais-tu dire de ça ?

AB : Il y a eu plusieurs temps, puisque ça a été long, trois mois quand même. Cela fait un mois que je reçois à nouveau certains analysants en présence, mais pas encore tous. La reprise en présence est progressive. Alors, il y a eu plusieurs périodes. Au début, j’ai trouvé ça complètement épuisant. Parler au téléphone, entendre ces voix déformées par la machine, voir l’image sur un écran… épuisant. Après, je me suis habituée, j’ai trouvé mon rythme et des façons de faire. Puis ensuite, je m’en suis trouvée allégée, au contraire. Mon bureau est chez moi et avoir toute la journée du monde qui entre et sort de chez soi, ça change le rapport à son chez-soi, même si le bureau est séparé du reste de l’appartement. Et tout à coup, j’ai trouvé une très grande liberté à n’avoir plus personne qui rentre dans ma maison. J’ai apprécié que ma maison ne soit plus traversée par les patients et de récupérer un peu cet espace. Maintenant, un bon tiers des patients sont revenus en présence.

Mais l’urgence est repassée dans l’autre sens, c’est-à-dire que je suis totalement partie prenante dans l’affaire. Au bout de trois mois, je commençais à en avoir ras-le-bol de travailler comme ça. J’étais fatiguée de cette modalité-là, lassée de cette façon de travailler et des impasses que cela introduit. Le côté automaton fait qu’on n’est plus dans le vif du travail. Même si au début, les choses restaient vives, dès que j’ai commencé à m’apercevoir de ma lassitude et que le déconfinement l’a rendu possible, j’ai proposé aux patients de revenir en présence.

Tous ceux à qui je l’ai proposé l’ont accepté, parfois après une brève hésitation. Et quand ils sont revenus, le travail a repris. Hors de la présence, il y a en effet quelque chose d’éminemment perdu. Quand on a commencé à utiliser la vidéo et le téléphone, on cherchait à savoir ce qui manque, ou au contraire, ce qui est prévalent. On a abordé ces questions dans notre cartel. Quand il y a le retour des patients en présence, là on peut saisir à nouveau, presque matériellement, charnellement si je puis dire, ce qui était perdu.

AC : Quand tu parles du vif du sujet, j’entends bien la part vivante, c’est ça ?

AB : Oui, c’est ça. Les objets pulsionnels peuvent être présents au téléphone ou par vidéo, mais ils sont dépecés en quelque sorte. Ils manquent d’incarnation. Et cette modalité ne peut être que très transitoire.Ce qui se perd, c’est le maniement de la présence de l’analyste pouvant incarner en acte le réel du symptôme qui itère, donc l’usage du corps en tant que ce qui se jouit. Mais pas seulement le maniement qui fait référence à l’acte de l’analyste. La présence même du corps dans sa dimension vivante, non calculée par l’analyste, échappe à la capture de l’image ou de la seule voix transformée par la machine. Ce qui réveille est ce qui dérange, ce qui nous fait sortir de notre autisme, et ça passe par le corps.

AC : Tu as parlé, dans ton témoignage de passe, du refus de l’ennui. Que peux-tu nous en dire pour cette période ?

AB : L’ennui va de pair, pour moi, avec la paresse, le confort. Ça pouvait être confortable d’arrêter, de prendre des vacances. Ce n’est pas tant ce qui m’a poussée à démarrer le travail avec la vidéo et le téléphone, par contre, c’est ce qui me pousse à arrêter la vidéo et le téléphone. Je vois qu’il y a une espèce de paresse et de confort chez les patients qui peuvent se dire : « Je n’ai pas besoin de bouger, de me déplacer », et ça, il faut l’attraper, puisqu’on a pu recommencer à sortir et à se déplacer. Il faut le contrer.

Quant au refus de l’ennui, de façon plus générale ou plutôt de façon plus singulière, je pense, mais c’est une lecture dans l’après-coup, que c’est absolument connecté à cette dimension de l’urgence. C’est-à-dire qu’il me faut ressentir une certaine alerte. Et donc l’ennui, c’est l’envers de ça, c’est le temps qui passe sans être en alerte. Je peux choisir de m’ennuyer – ce qui m’arrive rarement ! –, mais le contexte dans lequel j’avais parlé du refus de l’ennui, c’était celui du lycée où je m’ennuyais avec l’impression de perdre mon temps alors que mon désir de vivre était bouillonnant.

AC : Si on revient à la parole de Bernard Seynhaeve, qui a eu l’effet que l’on sait, je lisais tout à l’heure le discours de Jacques-Alain Miller à la clôture du IXe Congrès de l’AMP1, dans lequel il dit : « Lacan revendiquait pour sa pensée la dignité. C’est, disait-il, qu’elle s’applique à sortir des sentiers battus. Et, en effet, cette pensée déroute. » On peut dire que allier dignité et silence, c’était particulier et ça en a dérouté quelques-uns. Tu es d’accord avec ça ?

AB : Oui. Concernant l’annulation du congrès, c’était une décision que j’imagine très difficile, et qui nécessitait un renoncement et un certain courage.

AC : Dans un autre registre, peux-tu me dire ce qui t’a poussée à partir au Canada il y a plus de 20 ans ?

AB : Ce sont les contingences de la vie, c’est plutôt anecdotique en fait.

AC : Je te pose la question parce que tu as intitulé ton témoignage de passe : « L’amur de l’amour ». Ce qui m’a fait penser au mur de l’Atlantique.

AB : Je n’ai jamais vécu l’Atlantique comme un mur. J’ai toujours eu un pied de chaque côté. Avant ma naissance, mes parents ont vécu en Algérie et en Égypte avec mes frères et sœurs nés dans ces deux pays, puisque je suis la dernière de cinq enfants, avec une assez grande différence d’âge avec les quatre premiers. J’ai toujours entendu mes parents dire que c’était des années idylliques. Vivre à l’étranger, c’était un peu mythique. Par ailleurs, à différents moments de ma vie, j’ai beaucoup voyagé, pas comme maintenant, plutôt bourlingué. C’est un peu frustrant, un peu superficiel, de passer dans un pays, tu vois sans voir, j’avais toujours envie de vivre à l’étranger pour sentir l’atmosphère, comment les gens pensent, entrer dans une autre culture.

AC : Et le choix du Canada ? Parce que le continent nord-américain n’est pas une terre d’accueil très facile pour la psychanalyse.

AB : Ce n’était pas du tout réfléchi de cette façon-là. Mais après des vacances d’été au Québec, pays où l’on parle français, j’ai pensé que ce serait plus facile pour moi d’y travailler. Mais franchement, on n’a jamais pensé qu’on s’y installerait définitivement. Il s’est trouvé que j’ai pu travailler tout de suite, que ça a bien marché et que j’ai adoré le côté « il faut tout construire ». Ça, c’est un point important, ça m’a énormément plu de pouvoir faire des choses là où il y avait peu de choses.

AC : C’est un peu comme quand tu as créé ton école à 16 ans.

AB : Oui, tout à fait.

AC : C’était une terre vierge, mais ça n’était pas facile.

AB : Ça, ça m’a beaucoup plu. Et tout est possible. Au Canada en effet, la psychanalyse, ce n’est pas facile, elle est marginalisée, mais personne ne te met de bâtons dans les roues. Si tu veux faire des choses, tu peux les faire, ça c’est un côté formidable et enthousiasmant.

AC : Mais en tout cas, ce mur de l’Atlantique ne t’a pas empêchée de faire des allers et retours avec la France ni de poursuivre et terminer ta psychanalyse, de te présenter à la passe et devenir AE. Ça n’a pas été un mur.

AB : Au contraire. Pour moi, tous ces voyages pour la psychanalyse ont fait que je n’ai pas vraiment eu de coupure avec ma famille, ça n’a pas conduit à moins voir ma famille. Et j’ai toujours eu, depuis mon émigration à Montréal, un pied en France et un au Québec. Je l’ai dit, ça a plutôt produit pour moi une accélération de mon analyse.

AC : Est-ce que pendant cette période actuelle, tes rapports avec tes collègues au Québec ou avec les collègues de la NLS ont été plus vifs, plus intenses, plus fréquents ou pas ?

AB : Plus fréquents. À Montréal, on a poursuivi la plupart de nos activités par Zoom, nos séminaires mensuels, par exemple. Ce qu’on a pu maintenir, on l’a maintenu. On a poursuivi avec beaucoup plus d’assiduité un séminaire fermé de NLS-Québec qui a très bien fonctionné. J’ai démarré des cartels, des cartels internationaux, donc j’ai eu plus de contacts internationaux pendant cette période. J’ai beaucoup apprécié de pouvoir suivre les enseignements de l’ECF.

AC : Le Québec est-il complètement déconfiné maintenant ?

AB : Il n’y a eu aucune reprise des écoles et elle est prévue en septembre si les conditions le permettent. La seule frontière que le Canada possède est celle qui la sépare des USA et elle est actuellement toujours fermée. Et on ne souhaite pas ici qu’elle rouvre, parce qu’ils font n’importe quoi et que là-bas, la pandémie flambe. On n’a pas envie de se reconfiner.

Ce qui n’a pas repris et qui compte pour moi, ce sont les milongas de tango, la danse. Ça me manque énormément, parce que je vais habituellement danser plusieurs fois par semaine. Les théâtres n’ont pas repris, mais les cinémas rouvrent cette semaine. Les cafés et les restaurants viennent juste de rouvrir. Donc la vie reprend peu à peu normalement, mais avec le port du masque obligatoire.

AC : Et les vols vers la France ?

AB : Oui, il y a des vols et comme j’ai la double nationalité, je peux voyager. Mais au retour au Québec, jusqu’au 31 août, on doit rester en quarantaine pendant quatorze jours, de façon très stricte, avec vérification et amendes très très salées si on se dérobe à la quarantaine.

AC : Désires-tu encore ajouter quelque chose ?

AB : Je me réjouis de venir en Suisse en septembre participer à la journée d’enseignement des AE organisée par l’ASREEP et j’espère qu’elle pourra bien avoir lieu.

J’aimerais ajouter un point concernant le travail d’AE. Je n’ai pas du tout évoqué cet aspect, je devais évidemment intervenir au congrès de l’AMP à Buenos Aires, ensuite, je partais à Sofia en Bulgarie et après, il y avait le congrès de la NLS à Gand. Nous avions invité Florencia Shanahan à Montréal. Et concernant mes propres témoignages, j’aurais dû aussi en faire un à Montréal. Donc quatre témoignages qui n’ont pas pu avoir lieu. C’est une sorte de suspension. Silence, ça a concerné ça pour moi. Et ça, ça a été difficile, parce que, comme je l’ai souligné lors de l’AG de la NLS, nous avons vraiment besoin de ce travail, besoin de nous adresser à l’Autre de l’École pour poursuivre notre élaboration. Et là, temps d’arrêt. Silence. Et cette période de suspension fait partie des trois ans d’enseignement des AE. La période qui suit va être intense.

AC : Merci Anne et bon été dans cette belle ville de Montréal !

AB : Merci à toi.

 

Notes :

  1. Jacques-Alain Miller, L’inconscient et le corps parlant, la Cause du Désir N°88.