Consentons à peut-être ouvrir des portes : avec délicatesse !
“Aye une prévoyance sage,
Et des faits importants garde le souvenir,
Semblable au dieu Janus, dont le double visage,
Voit derrière et devant, le passé, l’avenir.”
Dionysius Caton
Distiques de Caton, Livre second, XXVII
Conversation avec Daniel Kniest, le 29 août 2026
Daniel Kniest attend la réponse à sa demande de faire partie des amis, ou des membres de l’ASREEP-NLS. L’école appartient, comme le disait une collègue de la SLP, à ceux qui désirent en être.
Violaine Clément : Merci beaucoup, Daniel, d’avoir accepté cette conversation qui vient clore cette première matinée de la rentrée de l’ASREEP-NLS. Qu’est-ce que qui t’a plu ce matin ?
Daniel Kniest : Merci Violaine. Ce qui m’a plu peut-être, je dirais, c’est avant tout de retrouver les collègues. Une histoire de rencontre. Et puis, le diagnostic m’exaspère ! J’étais très heureux qu’on puisse en dire quelque chose, et peut-être un peu au-delà, parce que c’est un sujet percutant.
V.C. : On voit bien qu’un diagnostic reste un mot, comme tous les autres mots. Parole, parole… Ça reste du blabla.
D.K. : Exactement !
V.C. : Il y a quelque chose de vivant et de joyeux dans cette école, non ?
(Là, comme nous sommes dans un café, le Saint-Pierre à Lausanne, que Daniel connaît bien, le serveur nous interrompt…)
V.C. : Tu as donc aimé qu’on parle du diagnostic sans que ce soit quelque chose de trop marquant, au sens où cela déterminerait une vie.
D.K. : Oui, j’aime qu’on parle de diagnostic pour mieux parler de ce qu’il y a autour. Et peut-être de la porte qu’offre aussi le diagnostic, parce que, comme on l’a dit, c’est très actuel. Il y a des demandes qui sont déjà posées sur la base d’un diagnostic, et il faut aussi l’entendre. C’est une porte d’entrée dans le soin comme une autre.
V.C. : Dans ton travail – tu es psychologue, psychothérapeute –, on te demande de poser des diagnostics.
D.K. : Oui, et actuellement beaucoup de demandes sont accompagnées d’un diagnostic : c’est un fléau ! On doit donc accueillir la demande et le diagnostic qui va avec. C’est devenu rare qu’une demande ne soit pas accompagnée d’un diagnostic. Et on doit, délicatement peut-être, l’entendre ou pas, le laisser de côté, et parfois, comme tu le dis, en effet, le valider, l’invalider ou en poser un autre.
V.C. : C’est-à-dire que tu reçois toujours un couple : un patient et son diagnostic.
D.K. : C’est donc une histoire à trois. C’est très difficile de se retrouver à deux en ce moment. Il y a effectivement toujours… c’est un trouple !
V.C. : Un quoi ?
D.K. : C’est toi qui m’as dit cela un jour à Aigle, ce n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd.
V.C. : (rire) C’est un fait que j’ai appris ce mot à Turin, où Sergio Caretto avait fait une conférence sur le trouple, comme modalité moderne de l’amour… Modalité de toujours, en fait : on a l’impression qu’on invente, mais on ne fait qu’inventer un nouveau mot. Ainsi, quand on a un diagnostic, par exemple Thada, on croit qu’on a dit quelque chose de neuf…
D.K. : Et comme l’a très bien souligné Thomas Rathelot, c’est compliqué. Parce que tout d’un coup, le TDAH, ou tout autre diagnostic, le patient nous en parle, mais ce n’est pas toujours de lui. C’est un peu de lui, mais il faut s’en dégager, mettre aussi au-dehors le diagnostic, pour faire entrer le patient. Il s’agit de réintégrer un peu de la demande, de la souffrance, tandis que le diagnostic, une entité externe, au-dehors, peut devenir une finalité, qui justifie ce dont on n’a plus besoin de parler.
V.C. : C’est cela : parfois on laisse le diagnostic au-dehors, parfois on ne traite que le diagnostic, et parfois, le patient doit être plutôt l’analyste que la personne qui vient parler.
D.K. : J’aime beaucoup ce que tu dis. Dans le fond, c’est une histoire de carrefour, ou de croisement (trivial !) C’est cela ! Et on ne peut pas faire l’impasse de ça. Si on s’attarde à en virer ou à en évincer l’un ou l’autre, on ne s’en sort pas, de toute façon, ça ne joue pas. Il est question plutôt de faire ménage ensemble…
V.C. : … de faire ménage à trois, à quatre, ou plus si entente ! Cette façon joyeuse de faire avec la langue, ce autour de quoi nous nous sommes rencontrés, j’ai l’impression que ça vient chez toi de ton goût pour la lecture.
D.K. : La lecture, oui, à la surprise de ma famille ! Enfin, d’une partie de ma famille !
V.C. : C’est cela ! Tu te souviens du premier livre, ou de ton premier rapport à la lecture ?
D.K. : Ah oui ! Je m’en souviens, parce que c’est un livre que j’ai toujours, comme un grigri, planqué dans mon bureau. Je l’ai quelque part. C’est un livre de la mythologie grecque et romaine, tout petit, très illustré, que j’ai quasi vénéré durant toute mon enfance. Tellement vénéré que je lui ai redonné un prix. J’ai réécrit son prix à l’intérieur, et, de mémoire, comme cela, je devrais vérifier pour voir si je ne dis pas de bêtise, j’irai vérifier, je crois que c’était plus de deux cent cinquante francs, tellement il était important à mes yeux. Par contre, je ne sais plus qui me l’a offert.
V.C. : (rires) C’est joli, c’est pour cela que tu as mis le prix de beau-coût comme prix. On peut dire que c’est un livre qui te tient à cœur.
D.K. : Oui ! Alors il est tout… La couverture a souffert, il lui manque peut-être des pages, mais dans mon souvenir, c’est un de mes premiers livres, si ce n’est celui auquel j’étais le plus farouchement attaché.
V.C. : On te l’avait offert, mais tu ne sais plus qui… On peut commencer un travail analytique à partir de ce « je ne sais pas », j’oublie, je ne sais plus… Ce premier livre, dans ta tête à toi, un cadeau – tu peux l’avoir volé, on ne sait pas… C’est un objet tout à fait particulier. L’offrirais-tu à un enfant, si tu pouvais en racheter un exemplaire ?
D.K. : Oui, je l’offrirais très volontiers, et d’ailleurs, tu me fais me rappeler que ce qui me fascinait dans ce livre, qui était par ailleurs d’une lecture assez simple, c’est qu’il était question de découvrir des noms travestis. C’est-à-dire que pour un même dieu, chez les Grecs et chez les Romains, on parlait du même dieu, mais il ne s’appelait pas pareil. Et cela me fascinait.
V.C. : Ah d’accord ! C’est déjà une question d’identification, parce que ce n’est pas tout à fait le même, puisqu’il a un autre nom… On parlait tout à l’heure de trivial : il y a des dieux des carrefours (ou de vénéré, qui renvoie à Vénus)… Tu étais intrigué parce que le presque même dieu pourrait avoir un nom différent…
D.K. : Exactement ! Et j’ai croché là-dessus, j’ai fixé cela. J’ai donc commencé à explorer. À l’époque, j’étais gamin, je regardais aussi des films à la télé, de la mythologie avec des effets spéciaux monumentaux, enfin, lamentables, voulais-je dire (rire)…
V.C. : (rire) C’est génial, monumentable !
D.K. : Oui, on pourrait le dire ainsi ! J’adorais, j’étais complètement obnubilé.
V.C. : C’est un point commun : la première fois que mon père m’a demandé de venir enseigner à ses élèves, futurs paysans, j’étais venue avec la mythologie, et il m’avait dit : continue, ça leur plaît ! (Waouh !) Aller dans le plus lointain pour saisir quelque chose d’aujourd’hui, je trouve que ça nous libère un peu de cette trop grande proximité avec le réel ! Si j’ai proposé d’avoir cette conversation avec toi, c’est que tu vas devenir membre, soit comme ami, soit comme membre, de l’association dans laquelle j’ai beaucoup de plaisir à avoir la responsabilité de ce blog. Membre ou pas, tu vas m’accompagner dans ce blog. Tu m’as dit que le plaisir que tu avais eu à la lecture de certaines conversations t’avait amené à désirer faire partie de notre association.
D.K. : Oui, j’ai eu énormément de plaisir à parcourir le blog sur le site de l’ASREEP ces dernières années, et, tout d’un coup, m’autoriser à aborder quelque chose de la psychanalyse par ce biais, je dirais aussi de manière suffisamment pudique, sans que j’aie à trop me présenter, ou à me justifier. Tout à coup, ces discussions et ce blog, donnaient accès à quelque chose de la psychanalyse, sans forcément contraindre à une forme d’idéographie. Quelque chose se lit, et on va où on veut. Et il y a quelque chose qui passe. J’ai adoré.
V.C. : Ce plaisir dont tu parles, le plaisir de la lecture, est un plaisir solitaire.
D.K. : Oui, mais dans le blog, il est question de rencontres. Bien sûr, j’y trouve mon compte : la question des mots, des signifiants, c’est le plaisir solitaire. Mais il y a aussi la rencontre. Ce qui m’a beaucoup touché, parfois ému, c’est que tu accueilles l’autre là où il en est.
V.C. : C’est un fait que si on cherche à l’accueillir là où on veut qu’il soit, c’est le clash.
D.K. : C’est vrai, mais j’ai l’impression que ça se fait plus souvent comme ça qu’il n’y paraît, et que c’est assez rare aujourd’hui, que c’est même un luxe, de se donner les moyens d’accueillir l’autre là où il en est, de ne pas l’envahir avec du soi, avec des trucs qui viennent d’ailleurs.
V.C. : Le compliment me touche, et j’espère que ça parle aussi à d’autres. Tu as rencontré la psychanalyse il y a bien quelques années.
D.K. : C’est très simple : j’ai rencontré la psychanalyse via ma prof de philo, au collège.
V.C. : Dis-moi.
D.K. : Cette enseignante, je vais la nommer, Mame Kazamian, d’origine arménienne, était dans sa dernière année avant sa retraite. Mme Kazamian était franc-folle, excentrique, je le dis avec beaucoup de tendresse, elle nous proposait de l’appeler Mimou. Ça ne s’invente pas ! C’est son surnom, qu’elle nous a suggéré. Ce n’était pas imposé. Elle devait faire de la philosophie avec nous, et nous a surtout parlé de Freud, pendant toute l’année.
V.C. : Quel bol !
D.K. : Oui ! D’ailleurs, elle nous a même légué une part de son héritage livresque, et donc j’ai hérité d’un recueil de Freud, en français. Un bouquin tout vieux, jaune et blanc cassé, que j’ai aussi toujours dans ma bibliothèque, qui sont les premiers écrits formels de Freud que j’ai, dans un livre, et cela m’a fait de l’effet, comme tu peux l’imaginer.
V.C. : Est-ce qu’avec tes copains de classe, vous parliez de cela ou est-ce que c’était singulier ?
D.K. : J’ai l’impression que c’était assez singulier. Je n’ai pas le souvenir que les autres se soient jetés sur ces livres comme je l’ai fait. Par ailleurs, je n’en ai pris qu’un : j’étais très intimidé à l’époque qu’elle m’offre un livre. C’est là où j’en étais à l’époque, c’était trop pour moi. Et c’est d’autant plus singulier que je n’ai rien pu en faire ni en dire, sinon dans l’après-coup. Je te parle de Mme Kazamian aujourd’hui, mais j’aurais bien été en peine de t’en parler à l’époque. Il m’a fallu des années pour m’approprier ça.
V.C. : Et je t’en remercie, parce que tu me dis cela à moi, à nous, mais ce qui te permet de le dire, c’est aussi des années d’analyse.
D.K. : Tout à fait.
V.C : Alors ce n’est pas à cause de Mimou que tu as fait une analyse, mais peut-être à cause d’elle qu’un jour, tu t’es lancé dans une analyse. Je ne te demande pas d’aller dans l’intime. Mais qu’est-ce qui fait qu’un jour, ce soit vers la psychanalyse que tu te sois dirigé ?
D.K. : Je peux te dire déjà que je n’ai pas commencé par la psychologie, donc, comme on l’a entendu ce matin, il ne suffit pas d’avoir un désir pour le suivre. La psychanalyse, avant la psychologie, m’intéressait, mais cela ne suffisait pas pour que je m’y autorise. J’ai donc pris une bifurcation pour un premier parcours, l’architecture.
V.C. : Comme formation universitaire ?
D.K. : Oui ! J’ai fait un bachelor, et au bachelor, les désillusions quant à mon projet futur m’ont permis d’entrer sérieusement, ou de revenir, peut-être, à la psychanalyse. Ce qui m’a amené en analyse, ce n’est peut-être pas très original, ce sont des choses insupportables.
V.C. : Voilà ! Mais beaucoup de gens vivent des choses insupportables, et en rencontrent, mais de là à avoir l’idée d’aller rencontrer un psychanalyste, et pas un psychologue, ni un rebouteux, ni un chirurgien psychique (comme tu m’as raconté que tu aurais entendu une fois en Valais), il fallait que tu aies entendu parler de Freud.
D.K. : Exactement ! Et c’est d’ailleurs parce que j’ai entendu parler de Freud que j’ai cherché quelqu’un chez qui aller parler. Pour moi, c’était un signifiant rassurant. Je me suis dit que je ne voulais pas aller n’importe où, bien qu’en réalité, on ne sache pas où on atterrit.
V.C. : C’était du connu, puisque Mimou t’en avait parlé.
D.K. : Un bout, cela m’a accompagné.
V.C. : Il fallait un bout pour te jeter dans le bain.
D.K. : C’est flippant, oui !
V.C. : Maintenant donc, tu es devenu psychologue, et d’après ce que j’ai compris, tu travailles avec des enfants ?
D.K. : Oui, des enfants et des adolescents !
V.C. : Encore une fois, un choix ? Ou une erreur ?
D.K. : C’est très intéressant. Je dirais, un peu comme la psychanalyse, que ce fut assez vite un désir, non assumé. J’ai démarré mon activité clinique après mon master en institution. Je m’occupais avant tout d’adultes. Et j’avais des collègues, çà et là, qui me disaient : « Ah, je te verrais bien travailler en pédopsychiatrie ! Je te verrais bien aussi mettre un peu au travail la clinique avec les enfants ». J’eus bientôt deux trois cas, que l’on m’attribuait. Je n’eus pas tellement le choix. Il a fallu quelques années pour m’y autoriser, jusqu’au moment où, comme dans l’autre histoire, je me suis lancé.
V.C. : Cette question de l’autorisation, dont tu connais l’étymologie, de augere, augmenter, c’est la deuxième fois que tu te lances, que tu as demandé à entrer dans cette association. Tu aurais très bien pu aller ailleurs. (Oui !) Alors qu’est-ce qui fait que ce soit celle-ci ?
D.K. : Je vais reprendre peut-être ce que je t’ai dit tout au début de l’entretien. Il a été question de rencontres, de surprises aussi, qui m’ont beaucoup touché. Par ailleurs, j’ai une espèce d’obsession pour ma liberté, et j’ai fait des expériences à l’ASREEP où je n’avais pas l’impression de devoir y renoncer, ou de devoir la mettre à mal. Tout cela fait partie de mon histoire singulière, mais cela fait partie des ingrédients qui m’importent, et dans le fond, à l’ASREEP, il est plutôt question d’être là, de partager un sujet, d’écouter, d’échanger, et de voir après coup ce que ça fait. Quelque chose m’a beaucoup frappé : c’est la possibilité de ne pas savoir !
V.C. : Dans le champ psychologique…
D.K. : Eh bien, il y a de tout !
V.C. : Dans le savoir, on fait beaucoup semblant ?
D.K. : Oui !
V.C. : Dans le champ de la psychanalyse, ça commence, pour moi, à partir de ce : je ne sais pas. Mais pour supporter cela, pour passer de cet insupportable de ne pas savoir à l’impossible, il faut faire tout un tour, il y a un chemin.
D.K. : À t’écouter, je me dis que je suis un peu monté à l’envers. J’ai toujours eu de la peine à supporter le savoir un peu préfabriqué. Moi, je n’arrive pas à l’avaler.
V.C. : J’aime beaucoup ton expression : tu serais, comme un meuble IKEA, mais on s’y est mal pris et tu as les pieds en haut ?
D.K. : Oui, c’est ce qui m’est arrivé avec l’enseignement standardisé. On est bien obligé d’y mêler de la pédagogie, et moi, je n’avais de cesse de me questionner. Parce que, quand je questionnais l’autre, je me prenais des revers un peu féroces. Je finissais alors par me questionner un peu dans mon coin, en solitaire, comme avec la lecture. Comme dans des problèmes tout bêtes : pourquoi tel problème mathématique doit-il être résolu par ce moyen ? Il y a peut-être d’autres pistes. Je ne supportais pas l’enseignant qui imposait sa méthode, et refusait de considérer une méthode, peut-être secondaire, mais qui pouvait aboutir à un résultat similaire.
V.C. : Il aurait interdit à Einstein de penser autrement. Il y a pas mal d’enseignants qui pensent comme cela, ou pire, comme cette enseignante qui me disait que, maintenant qu’elle avait son diplôme, elle n’avait plus rien à apprendre. En effet, elle a aussi arrêté d’enseigner. Donc un parcours un peu décalé, mais aujourd’hui, comme psychologue, tu es aussi un peu décalé, comme nous, ici.
D.K. : C’est ça ! Mais cela me convient. J’apprécie ce rapport aux choses ou à l’autre, décalé. J’ai même l’impression que ça devient aujourd’hui, comment dire, un combat, c’est un peu fort, mais une nécessité, que ce décalage puisse vivre.
V.C. : Quand Lacan disait que la folie est ce qu’il y a de plus singulier, de plus humain. Ceux qui disent de certaines horreurs que c’est inhumain ignorent qu’il n’y a que les humains pour faire des choses aussi terribles. De ce savoir décalé, j’aime bien le contrepet : l’art de décaler les sons… (rires) On ne doit pas donner la réponse à un contrepet, chacun la trouvera. Mais si on pense à un cas de ce matin, cette patiente avait l’art de décaler les sons. C’est quelque chose de ravissant, qui nous emporte. Bien sûr que lorsqu’on parle avec les collègues, on tente de dire au plus audible, de faire mieux semblant.
D.K. : Tout à fait.
V.C. : Mais cette envie de rire est précieuse. Lacan se trouvait un peu seul à rire, il trouvait qu’il n’y avait pas assez de saints avec qui rire. Avec toi, on a souvent cette envie de rire. Quand je rencontre quelqu’un avec qui on peut se parler, se fixer un rendez-vous, mais où il n’y a pas ce décalage propice à en rire, c’est l’ennui…
D.K. : Je suis du reste assez flatté, et c’est aussi une expérience qui m’a fait crocher à l’ASREEP, car c’est quand même la place qui est faite à l’émotionnel, au rire…
V.C. : Qu’on en rie, disait Lacan en parlant de l’inconscient. Dans ce groupe dans lequel tu vas entrer, tu as déjà accepté de travailler, de faire la bibliographie pour le congrès, et tu as accepté que je te balance dans le groupe de travail pour le blog.
D.K. : Tu ne m’as pas balancé, tu m’as invité.
V.C. : Oui, dans un style qui est le mien, un peu direct !
D.K. : Et je t’en remercie, parce que si tu avais attendu, je n’y serais encore pas… On danse très bien ensemble.
V.C. : Il y a chez toi quelque chose qui me convoque à te bousculer, là où tu es. Heureusement que tu supportes, comme cet autre collègue à qui je disais un jour que je comprenais vraiment ce qu’il avait dit, et qui m’a répondu qu’il faudrait alors qu’il change quelque chose, car il ne cherchait pas à être compris (rire). Arriver à faire avec les semblants, avec ceux des uns et des autres, chacun si singulier, sans les laisser nous étouffer, cela demande un effort. Que souhaites-tu faire dans ce blog ?
D.K. : Je ne peux pas détourner le regard d’un exercice qui est celui-là même qui m’a permis de m’autoriser. Tu me proposes de travailler ensemble autour d’un exercice, qui m’a attrapé et qui m’a donné du plaisir, c’est cela que je vais faire…
V.C. : De poisson, tu vas devenir pêcheur !
D.K. : Il est difficile de ne pas céder.
V.C. : Mais céder n’est pas consentir !
D.K. : (rires) J’adore ! J’ai écouté dernièrement une conférence de Clotilde Leguil, dans laquelle j’ai cru saisir : le consentement, c’est quand il n’y a pas de maîtrise !
Violaine Clément : Continuons donc ensemble, et peut-être avec quelques autres, à ne pas chercher à maîtriser, mais à ouvrir des portes.
Daniel Kniest : Voilà !