Mon enthousiasme devant cette invention lacanienne ne fait qu’augmenter avec les années, et avec les cartels. C’est dans la solitude que chaque lecteur de Lacan réinvente les concepts, les apprend, les fait siens. Mais ce n’est qu’en sortant de son splendide isolement et en s’efforçant de dire son travail, de construire un cas, de transmettre à l’école ce qu’il a appris, et parfois ce qu’il ne sait pas encore qu’il devient membre de l’école. Et donc responsable à son tour de son existence.

J’ai trouvé dans ce bricolage génial un mode de faire bien vivant, aux effets concrets. Le cartel contre l’effet de groupe, contre aussi l’horreur de savoir, et suscite la controverse, encourage le bien-dire, permet le Witz puisque nous nous inscrivons bien dans la même paroisse.

On peut faire cartel de plusieurs manières, par écrit, par oral, par skype… Mais surtout, comme pour l’analyse et la section clinique, on fait cartel avec son désir.

Le cartel est un creuset 1dans lequel celui qui veut apprendre devient orfèvre et tente de fondre les motériaux qu’il attrape dans son analyse et dans son désir d’apprendre pour tirer de leur passage par le feu (des questions, des commentaires, des critiques des autres cartellisants), un produit plus pur, plus lisible, sur lequel il puisse ensuite s’appuyer pour construire non pas un monument de savoir, mortifié, statue du Commandeur, mais une école vivante.

Une mise en garde toutefois : on peut assez rapidement devenir accro. Ainsi suis-je actuellement membre de trois cartels. Est-ce trop ? Pas assez ?… Une demande de notre président, récemment, me titille, et je ne vais pas dire non. Oui, je veux aussi faire cartel vers l’école, sur cette question du transfert.

 

  1. Terme emprunté à Sergio Caretto, titre de son compte-rendu de deux ans dans le cartel de la passe, présenté à Rome le 25 février 2018.