L’anniversaire du furet

Il y a un an s’est tenu à Fribourg un événement psychanalytique exceptionnel. Dans une chorégraphie, sur le mode du furet, nous avons passé par ici, et puis par-là, faisant passer par nos corps un désir décidé de danser la psychanalyse. Après une matinée de travail classique, dont vous trouverez bientôt quelques traces écrites, nous avons transposé en mouvements nos présentations qui n’ont pas vocation à être dites hors des murs, par le truchement de la danse.

Le corps, notre Autre absolu, qui est souvent pris comme un esclave, ou un maître, ne se rappelle-il à nous que lorsqu’il nous fait souffrir, ce qu’on appelle aussi bien jouir ? Nous avons fait le pari qu’il peut aussi être un corps de transmission. Vous verrez qu’il est véritablement un corps parlant.

Si l’image du corps, « flottante, baudruche, ballon (…) ne fonctionne analytiquement que de façon partielle1 », c’est avec le tout dernier enseignement de Lacan, ce Lacan qui s’est mis à danser, dit Dominique Holvoet, et avec tout notre corps que nous avons choisi d’incarner, dans la ville, quelque chose de cet enseignement qui nous a portés, durant vingt ans, à lire avec Lacan ce qui de l’inconscient s’écrit, thème de notre laboratoire du CIEN. Comme le rappelle Foofwa d’Imobilité dans cette conversation2 : « Mais tout le monde peut être danseur.euse, tout le monde a ce rapport à la danse. » Cette idée d’occuper ainsi de nos corps dansants l’espace public fait de cet événement une trace qu’il est possible de lire : la psychanalyse a sa place dans le monde, si elle veut bien la prendre.

À l’heure où « les discours ne tiennent pas si bien en place », et où l’image est devenue reine, encore plus lorsqu’elle se conjugue au mouvement, nous vous offrons ce petit film, pour lequel nous remercions Personne de Rien, chorégraphe de cette journée, qui a non seulement emmené notre petite troupe, mais qui a aussi collecté, parmi les rushs bricolés, produits par des adolescents, des moments de notre passage dansé dans cette ville. Fribourg est devenue, le 31 mai 2025, un lieu où la psychanalyse s’est donnée à voir, vivante, joyeuse, étonnante, toujours subversive.

Aujourd’hui, nous fêtons dans l’après-coup de ce moment le passage de témoin réussi, passant de Nicole Prin et Violaine Clément à Guillaume Chatagny et James Fisher. Il y a lieu de se réjouir quand quelque chose du vivant se transmet, et c’est cette joie que nous espérons contagieuse. Espérons que vous aurez la curiosité d’en tirer quelques parcelles d’enseignement, et peut-être de bon-heur ?

 

Notes :

  1. Jacques Lacan, Séminaire XIII, Seuil et Le champ freudien, p.41.
  2. « Danseur et psychanalyste. Le corps parlant et la danse », ASREEP-web.